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Sur la comète

Association étudiante – Nantes 2016

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Association "Sur la Comète"

Fondée en 2016 par des étudiants nantais, je suis une association qui a pour but de promouvoir la culture gr$ace à un journal et à un blog participatif !

La nouvelle technologie… alliée ou ennemie de la lecture ?

Ces derniers temps, vous l’aurez peut-être remarqué, la lecture semble connaître un certain renouvellement. Certes, nous avons tous dans notre entourage des gens qui ne lisent pas, et qui soutiennent que ça y est, le livre est mort. Pour moi il n’a jamais été aussi vivant !

Eh oui, parce qu’à présent, si Internet occupe davantage que les livres, nos chers ordinateurs et tablettes nous permettent justement de promouvoir cette merveilleuse activité qu’est la lecture.

On peut entre autres citer le phénomène des booktubeurs, ces personnes sur Youtube qui parlent des romans, des bandes dessinées, des mangas, des journaux qu’elles ont aimés. Parmi les plus connus se trouvent Les Lectures de Nine, Margaud Liseuse ou encore la pétillante Bulledop. Tout le monde peut se lancer, et parler tout simplement du dernier livre lu en date, comme on le ferait avec des amis, rendant le tout très sympathique.

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Par ailleurs, la lecture Numérique est elle aussi belle et bien présente. On peut être réticent à l’idée de lire sur une tablette : eh bien j’ai testé cette année, je vous l’avoue, et je dois dire que tous mes a priori ont été balayé en un seul chapitre. L’écran est tout à fait adapté aux yeux, pour des heures et des heures de lecture, tout comme la batterie. La mise en page est adaptable, on peut grossir, rapetisser l’écriture mais aussi écrire des notes sur les pages, jouer avec ce que la technologie peut nous apporter ! Financièrement parlant, l’ebook peut également constituer un avantage dans certains cas. Si un livre de poche peut concurrencer son prix, il arrive néanmoins très souvent de trouver des bonnes affaires sur Internet, et de faire notamment de nouvelles découvertes très intéressantes ! En effet, de nouvelles maisons d’édition émergent dont certaines totalement numériques, comme comme ELP Editeur  ou encore Arlesienne Editions  et peuvent entre autre proposer de belles nouveautés livresques, originales.

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Enfin, je finirai cet article en vous parlant d’un tout autre genre de lecture que les livres : les fanfictions. Eh oui ! Contrairement à ce que beaucoup peuvent dire, oui, il s’agit de véritable lecture ! Mais qu’est-ce que la fanfiction ? Comme le mot l’indique, il s’agit d’une fiction écrite par un fan. Oui mais fan de quoi ? Fan de n’importe quoi, vraiment. Harry Potter, Doctor House, L’Attaque des Titans… je suis pratiquement sûre qu’on peut aussi trouver des fanfictions de la Comédie Humaine ! Internet permet effectivement de prolonger si on le souhaite un coup de cœur ressenti pour une série, un livre, n’importe quoi, par la lecture ! Certes, il faut effectuer un certain tri par soi-même de ce qui vaut le coup ou pas d’être lu… mais c’est finalement ça, la beauté de la chose ! Ici, le lecteur choisit lui-même ce qu’il aime, il n’y a pas d’intermédiaire, pas de maisons d’édition déterminant ce qu’il y a à publier… il n’y a pas de limites, tout simplement, et cela favorise la variété ! On peut trouver des perles originales, avec des choses qu’on ne retrouverait jamais dans ce qui est dit la «  vraie » littérature. N’oublions pas non plus que les fanfics, si elles permettent au lecteur de s’épanouir, permettent également à un jeune auteur de s’améliorer et de tester un peu le terrain ! De plus, un échange auteur/lecteur est possible, et bien plus simple à faire que pour un livre papier. Et l’échange, mes amis, comme nous le savons tous, est enrichissant. Vous n’avez rien à perdre en essayant les fanfictions, même les pires : au contraire, vous affinerez vos goûts vous-même, et finirez même par gagner un certain regard critique. Vous n’êtes pas convaincus par la fanfiction, mais êtes intéressés par la lecture en ligne ? Certaines plateformes, comme Wattpadd, proposent des textes originaux de jeunes auteurs amateurs. Qui sait, vous dénicherez peut-être le prochain Harry Potter dessus, et ce, gratuitement , puisque tout ce que demande l’auteur est un petit commentaire !

Alors le numérique, signifie-t-il la fin de la lecture ? Non. Cette tendance que nous avons à opposer les deux devrait s’arrêter. Le numérique est selon moi complémentaire à celle-ci, et l’aide à se développer d’une toute nouvelle manière. Eh oui, la lecture est en effervescence !

Léa Manchec | Le Comète

Clarablaze, un blog enflammant

Clarablaze, explosive

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Allons à la rencontre d’une bloggeuse encore méconnue du public. Clara Babin, 21 ans, ancienne étudiante en Lettres Modernes, s’est lancée dans la création d’un blog le 8 novembre 2016.

Nommé « Clarablaze », ce blog parle de tout et de rien. « C’est un peu un gros bordel » nous confie-t-elle. Astuces de la vie quotidienne, mode, musique, loisirs, livres, coup de cœur, expérience de vie… en soi tout ce qui la touche ! Il s’agit d’un blog actif puisque Clara publie dedans environ deux fois par semaine. Clarablaze découle d’une envie d’écrire, de partager, de créer des visuels.

D’ailleurs pourquoi ce nom « Clarablaze » ? Notre jeune bloggeuse nous explique le jeu de mot. Tout d’abord Clara (son prénom) puis « ablaze » qui signifie « en flamme » (le feu étant son élément préféré). Elle aime l’idée d’être en flamme, d’être explosive. Cela correspond à sa personnalité.

Clara est actuellement dans une formation de développeur/ intégrateur web. Cela touche le web design. La création du blog lui apporte de l’expérience en création de contenu et est ainsi en lien avec sa formation. « Mon blog c’est ma galerie ».

Vous pouvez aller jeter un coup d’œil sur le blog en cliquant ici mais aussi sur son Instagram ou sa page Facebook « Clarablaze ». Et si vous avez les moindres questions, Clara est active sur les réseaux sociaux et répondra à vos messages.

Une lecture très agréable pour se détendre !

Yona BARON | Le Comète

Brodeck, toile de la nature humaine

Le Rapport de Brodeck, de Philippe Claudel, est un livre que vous connaissez peut-être :  effectivement, l’ouvrage a beaucoup fait parler de lui, en recevant le prix Goncourt des lycéens en 2007, et a même eu le droit à sa petite adaptation BD personnelle. Dix ans après sa publication, je vous propose de revisiter cette œuvre, du point de vue de la Comète.

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Mais quelle est l’histoire, l’intrigue qui se cache derrière ce mystérieux titre ? Quel rapport ? Sur quoi est-il ? Qui est Brodeck ? Eh bien Brodeck, c’est le personnage principal du roman. Brodeck, c’est un homme ordinaire, qui veut juste vivre sa vie. Brodeck, c’est une de ces fameuses « âmes grises » de Philippe Claudel, qui a sorti Les Âmes grises en 2003, soit 4 ans avant celui-ci. Parce qu’effectivement, on le réalise bien vite, ce personnage a subi les Camps de Déportation, et nous, lecteurs assistons à son retour dans un village bien troublé.

Dès le début, nous savons que quelque chose cloche, puisque le roman commence avec ces mots intrigants : « Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. ». Un début inhabituel, qui nous incite d’autant plus à tourner la première page, puis la deuxième, puis la troisième…. jusqu’à la toute fin. Eh oui ! La construction, la structure du roman est telle que nous sommes obligés de rester absorbés par notre lecture : il y a beaucoup de retours en arrière, et c’est un peu à nous de reconstituer l’ordre chronologique des événements. Je ne vous en dirai donc pas plus sur l’intrigue, c’est à vous d’aller découvrir de quoi il est question, de quoi Brodeck ne serait pas coupable.

Vous qui me lisez, je tiens à m’excuser pour le registre sérieux de cet article : mais il est difficile de faire de l’humour sur un tel roman, qui aborde des thèmes assez noirs, notamment sur la nature humaine. Je vous ai dit que Brodeck avait été fait prisonnier dans un Camp : nous devinons qu’il s’agit des événements de la Seconde Guerre Mondiale, et pourtant, rien n’est explicitement nommé. Tout ce que Brodeck a vécu est retranscrit par ses mots, ses propres mots à lui, et cela rend son expérience d’autant plus percutante. Durant tout le roman, il plane une atmosphère oppressante, menaçante, et ce, uniquement à cause des hommes, et de cette sombre affaire dont personne ne veut parler au village.

Je dirais donc qu’il ne s’agit pas d’un roman sur l’Occupation, bien qu’elle y soit de toute évidence présente : le thème principal est clairement la nature humaine. Ainsi, on peut presque classer chaque personnage du village dans une case : les âmes blanches, les âmes grises, les âmes noires. Dans cette optique, sont également placés les notions d’altérité, de « l’autre », incarné par le mystérieux personnage de l’Anderer, de la déshumanisation, que Brodeck a dû vivre, et de la violence de l’Homme.

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Philippe Claudel fait ainsi appel à des moyens diverses pour nous peindre ces toiles de la nature humaine : les personnages, les mots maladroits de Brodeck, la structure du roman, les symboles utilisés, le mélange avec un certain fantastique, que l’on peut notamment déceler à la fin du roman contribuent à ces toiles.

Vous êtes intrigués ? Allez le lire! Vous n’êtes pas vraiment du genre romans ? Vous avez envie de le redécouvrir ? Eh bien, sachez qu’il existe également une version en bande dessinée, par Manu Larcenet ! Je vous invite à laisser votre avis sur l’histoire, que ce soit sur le support BD ou roman ici, dans l’espace commentaire 😉

Léa MANCHEC | Le Comète

Quand « contrefaçon » rime avec « création »

Le Shan Zhai

Quand « contrefaçon » rime avec « création »

À un détail près…

Pour ceux d’entre vous qui ne connaitraient pas déjà la GameBoy… Déjà, c’est sympa la Préhistoire ? En bref, la Gameboy est une console portable créée en 1989 par la société japonaise Nintendo, sur laquelle sont notamment sorties les premières versions de la franchise Pokémon. Et ce n’est absolument pas de ça dont nous allons parler ce mois-ci.

Non, ce mois-ci nous allons nous concentrer sur la GameChild, sa jumelle chinoise désavouée. Voyez-vous, hormis son écran à peine plus petit et ses couleurs légèrement plus flashy, la GameChild est à la GameBoy ce que Donald Drumpf est à un politicien : une troublante contrefaçon qui semble en convaincre plus d’un…

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Si la nécessité du respect des brevets et des droits d’auteur tombe chez nous sous le sens, ce n’est pas le cas partout dans le monde. Ainsi, un secteur de l’industrie chinoise, le Shan Zhai, s’est sans vergogne spécialisé dans la reproduction quasi-parfaite de produits de grandes marques. Pour un coût beaucoup moins élevé que chez les illustres distributeurs, nous trouverons des smartphones (HiPhon, Blueberry, Samsing…), des chaussures (Hike, Reecok, Adidos…) et même des consoles PolyStation !

Revenons donc à la GameChild. Celle-ci est apparue sur le marché chinois au cours des années 1990, pour répondre à la demande croissante de consoles portables Nintendo. Si vous cherchez à éprouver votre ténacité en cumulant 500h de jeu, passez votre chemin, la fonction sauvegarde est absente, à l’instar de la possibilité même de changer de cartouche… En fait, on ne peut pas faire grand-chose sur la GameChild. L’expérience GameBoy n’est pas vraiment au rendez-vous ! En réalité, nous avons là affaire à une contrefaçon bien moins performante que le produit d’origine, comme ce fut le cas pour beaucoup de copies chinoises des années 1990.

Remonter le fil

C’est là qu’intervient la rétro-ingénierie, ou rétroconception. Comme son nom l’indique, il s’agit du fait d’étudier un produit déjà existant, et de remonter progressivement la chaîne de sa conception pour être en mesure de la reproduire. Grâce à cette technique, le Shan Zhai s’est perfectionné avec le temps, jusqu’à produire des copies tellement convaincantes qu’il nous faut chercher avec attention la petite faille qui les différencie de leur modèle. L’exemple des smartphones est le plus flagrant. Tout y est : écran tactile, design, applications, fonctionnalités diverses… Parfois, seule la forme d’un bouton ou une lettre dans le nom du modèle permet de discerner le vrai du faux. Illégal, me direz-vous ? Plus compliqué que ça, vous répondrai-je.

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How on earth is it possible?

Le Shan Zhai doit son succès et sa pérennité à deux choses : son modèle économique ingénieux, vif, réactif et prompt à l’expérimentation, et la dérégulation de l’industrie chinoise. Certains marchés délaissés par les multinationales sont immédiatement récupérés par le Shan Zhai, qui s’adapte par exemple au faible pouvoir d’achat des consommateurs. La majorité des produits Shan Zhai se limitent au marché domestique, c’est-à-dire qu’ils ont produits et vendus en Chine, mais il arrive que certains se retrouvent sur les marchés étrangers.

L’étranger s’insurge de ces singeries

S’il y a bien un sujet qui fâche à l’international, c’est le célèbre Copyright©. L’apposition d’un copyright sur une œuvre ou un produit a un caractère sacré dans les pays capitalistes. Pourquoi ? Eh bien, la raison est double. Tout d’abord, il s’agit d’une philosophie : c’est moi qui ai fait ça, c’est moi qui en tire tous les bénéfices, et personne d’autre. Ensuite, comme le précise l’INPI (Institut National pour la Propriété Intellectuelle) sur son site officiel, accorder aux créateurs un « monopole d’exploitation pour une période déterminée » leur assure une stabilité de revenus et une plus grande crédibilité auprès des partenaires de l’entreprise (les banques, en l’occurrence). En somme, cette protection permet aux entreprises créatrices de grandir et de capitaliser sereinement.

Ainsi, c’est souvent avec aigreur que les grandes firmes accueillent la nouvelle de la contrefaçon d’un de leurs produits, et les protestations sont nombreuses. Pourtant, les recours possibles sont rares, et quand ils existent, leur application se heurte à la dérégulation de l’industrie chinoise et à la ténacité des dirigeants de l’Empire du Milieu.

Le droit de copier revendiqué

Beaucoup d’entreprises nées du Shan Zhai proposent en développant des produits protégés contre la copie. La contrefaçon serait-elle un tremplin pour la création ? Encore mieux, si l’on en croit les commerciaux chinois : « créer » et « copier » peuvent aller de pair, et font souvent le lit des inventions les plus incroyables.

Pierre GAUTHIER | Le Comète

Mademoiselle, doux baisers de Corée

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Park Chan-wook

Envoûtantes, les voix de Ga-in et Min-seo se lient dans une déclaration d’amour délicate et sensuelle alors que défile le générique, mettant fin aux deux heures vingt-quatre que constitue Mademoiselle de Park Chan-wook. Ce film, au casting entièrement coréen, est la dixième œuvre du réalisateur, qui s’est ici inspiré, plus ou moins fidèlement, du roman de Sarah Waters, Fingersmith.

Dans les premières minutes du film – des cris d’enfants, des pas de soldats, de la pluie torrentielle, le contexte est donné. Si l’histoire se situe originellement en Angleterre victorienne, le réalisateur place son récit en Corée sous occupation japonaise, dans les années 30. On fait face à une famille aux innombrables enfants, plantée sous un porche, dans une scène d’adieux, puisque la plus jeune et la plus jolie des adultes se voit envoyée dans une famille japonaise – sous entendu, une famille riche, les colonisateurs supérieurs. Au désespoir de l’autre jeune femme qui reste sur le porche, clamant “Ça aurait dû être moi !”, on comprend la jalousie profonde qu’elle ressent à l’égard de Sook- hee, notre héroïne, qui s’échappera de leur quotidien pauvre pour découvrir une vie de richesse, de sécurité.

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Noémie Carré-Poussin

Semble alors se profiler un film classique, une histoire banale de Mademoiselle et de sa domestique, du contraste des pauvres et des riches, des coréens et des japonais – seulement, ce serait simplifier Park Chan-wook, ce serait le sous-estimer que d’imaginer ici un drama coréen traditionnel, répondant au cahier de charge habituel. On pense aux dramas romantiques, à leurs personnages légèrement poussés à l’extrême, à leur représentation des clichés de société, dans un ensemble naïf assumé, auquel s’ajoute souvent une dimension presque gothique, avec des plans très sombres, des introspections psychologiques parfois tordues.

Le cinéma asiatique soulève également dans l’imaginaire les meilleurs films d’horreur, les croyances asiatiques se prêtant particulièrement à l’horreur. Souvent donc, dans l’esprit occidental, le cinéma asiatique se voit-il catalogué comme légèrement caricatural dans ses représentations du réel et jouant sur ses effets tordus.

Park Chan-wook semble ne prêter aucune attention à ce cahier de charges. Je ne me prétendrai pas experte, mais ce film se détache de ce caricatural,de ce thriller banal à la course-poursuite, et nous présente un pur moment de plaisir cinématographique. En ces quelques minutes de début, l’ambiance est donnée, les tons sont posés, les cadrages présentés. Les images sont tantôt vives, aux couleurs ocre et douces, tantôt sombres et oppressantes, annonçant tout le panel des émotions que compte nous faire vivre Park Chan-wook. Les cadrages sont rarement larges, préférant des plans resserrés, insistant souvent sur un effet de cage, de huit-clos, participant inconditionnellement à l’histoire et au ressenti du film.

À cet instant, alors que nous nous engageons dans les premières dix dizaines de minutes du film, il me semble alors faire face à un des péchés mignons du cinéma asiatique : les retours dans le temps, les superpositions temporelles, les multiplicités de points de vue. Qu’à cela ne tienne, je me prépare alors mentalement à devoir suivre particulièrement la ligne temporelle, à faire attention aux moindres détails. Je suis la narration de Sook-hee, notre jeune héroïne domestique chez Mademoiselle Hideko.

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Noémie Carré-Poussin

Le film pose alors une machination traditionnelle, d’un escroc coréen se faisant passer pour un comte japonais, du nom de Fujiwara, qui souhaite faire succomber la jeune Hideko afin qu’elle accepte de l’épouser. Sook-hee, qui travaille pour lui, est envoyée afin de gagner la confiance de la Mademoiselle et de l’aider à l’escroquer – leur projet final est d’envoyer la jeune Hideko en hôpital psychiatrique afin qu’ils puissent réclamer son héritage. Seulement, comme à tout plan de méchant, viennent s’immiscer les réalités humaines : les sentiments. Cette histoire d’escroquerie se développe alors en une histoire plus sentimentale, où toute une confusion de sentiments nous entortille l’esprit, à l’aide de plans délicats, de caresses subtiles montrées à l’écran. Tant bien même je m’astreignais à prêter attention à ma chronologie, aux détails du film, je m’étais tant laissée emporter dans la beauté des plans et les frissons que Park Chan- wook cherche à provoquer que je me trouvais alors confrontée à un retournement de situation, marquant un second temps dans le film – et, bien évidemment, un changement de narration. Je vous le disais, leur péché mignon !

Perturbée, je regarde les scènes qui défilent alors, les plans qui se focalisent sur des moments manqués de la première partie, alors que je cherche à discerner où se trouve la réalité dans toutes ces machinations. Seulement, à ces histoires d’héritage et de trahison, se développe tout un pan parallèle qui, encore une fois, m’embarque dans le film. Ce pan aborde la question de la sexualité, de la sensualité, du plaisir dans tous ces extrêmes, et les scènes sont exquises d’érotisme, se mêlant à l’histoire sans en faire trop, prenant leur sens dans le développement des personnalités. La violence, et le plaisir qu’on peut en tirer, sont également abordés. Et le film se poursuit alors, de rebondissements en rebondissements, alors que les personnages font battre nos cœurs, nous font rire de leur embarras, frémir d’émotion et nous figer d’expectatives, pour en arriver aux scènes de fin. Parmi elles, les scènes “dans la cave” mêlées au plan sur la barque qui sont exquises de réalisation. La toute fin peut laisser mitigé, mais le rappel de certains passages antérieurs fait sourire, et elle apparaît plutôt comme un coup de pied au destin.

La musique de fin retentit alors, et je reste face à mon écran, surprise par la claque de qualité que je viens de me prendre. Si en réalité l’histoire n’est pas sensiblement exceptionnelle une fois que tous les éléments sont en main, la manière dont Park Chan-wook amène chacune des péripéties, les jeux d’acteurs fabuleux, les plans sensibles et délicats, la musique envoûtante de Jo Yeong-wook, tout cela fait de Mademoiselle un film qui ravit vos pupilles et vous laisse quelques secondes béats… avec l’envie folle de plonger dans la filmographie complète du réalisateur.

Alors, qu’attendez-vous ?

Elissa ABOU MERHI | Le Comète

Dossier : Graceful, les savants fous

Amateurs de riffs puissants, les quatre savants fous de Graceful sont là ! Après leur troisième EP sorti au début de l’année dernière, les nantais reviennent en force pour 2017 avec un album qui promet !

Qui sont-ils ?

Graceful, c’est Pierre, Claude, Eddie et François, quatre amis partageant leur passion pour la musique avec des influences communes (Queens of the Stone Age, Muse, Shaka Ponk ou encore the Prodigy). Ils ont fondé un groupe au centre de ces influences riche en musique puissante et efficace, en mixant des sonorités rock avec une rythmique souvent lourde, une ambiance parfois psychédélique et des sonorités plus électroniques relevant la coloration du son. Le tout, avec un enregistrement propre et un son maîtrisé, crée « un Rock Electro des plus détonants et efficaces ».

Le Renouveau

Au début de l’année 2015, le groupe sort son troisième EP intitulé « Kill Superheroes », avec 3 titres purement Stoner rempli de riffs de guitare percutants, couplés avec une rythmique lourde et la voix haut perchée et déjantée de François. Cet EP délivre une musique qui balance et qui fait bouger les têtes !

Cependant, le groupe prend aujourd’hui et pour l’année à venir une toute autre direction. Depuis plus d’un an ils travaillent sur leur premier album intitulé « No One Hears Us » qui sortira courant septembre 2017, un concept album (c’est-à-dire qui raconte une grande histoire durant tout l’album, divisée dans plusieurs morceaux qui se suivent) qui se veut être comme un nouveau départ pour le groupe. Ils ont réalisé un travail titanesque pour créer ce « nouveau » Graceful : le groupe a passé plusieurs mois dans un studio pour l’enregistrement complet de l’album (batterie, guitares et basse, voix et arrangements divers), avant de passer au mixage et à la production finale, réalisés par Arthur Lauth du studio « Brown Bear Recording ».

Un travail d’arrangement énorme a aussi été effectué avec la gestion des sons électroniques et de chœurs, ainsi que l’orchestration pour les quelques morceaux incluant des instruments de l’orchestre symphonique. Le groupe a même fait participer des enfants d’une école pour chanter sur l’album !

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Le concept album

Parlons maintenant de l’histoire que le groupe nous raconte à travers cet album : jusqu’ici, tous les textes de Graceful étaient assez critiques de la société numérique dans laquelle nous vivons et dans laquelle on s’apprête à vivre de plus en plus. En cela, si le concept album rompt avec le style musical qu’ils avaient cultivé, les thèmes abordés restent les mêmes car « No One Hears Us » relate une sorte d’épopée apocalyptique dans laquelle deux personnages vont devoir s’extraire d’une société animée par l’égocentrisme, dans laquelle l’autre représente une concurrence à sa propre image et qui est totalement renfermée sur elle même.

L’album est composé de deux chapitres, le tout en 10 morceaux, certains subdivisés en plusieurs parties et chaque morceau marque un pas en avant au sein de l’aventure. Les personnages sont volontairement asexués, nous précisent les membres du groupe, car ils tiennent à ce que chaque auditeur puisse pleinement se retrouver en eux. Ils ne veulent pas créer des personnages qui se rapprocheraient plus des hommes que des femmes, plus des hétérosexuels que des homosexuels etc. « Nous souhaitons qu’il y ait le plus de libre interprétation possible et que chacun puisse s’approprier le sujet ».

L’histoire s’ouvre sur un personnage perdu dans l’espace et qui est au bord de la folie. Les membres disent avoir délibérément voulu faire un clin d’œil au film de Kubrick 2001 L’odyssée de l’espace. On a donc à faire à un personnage en quête de lui même et qui se cherche jusqu’au fin fond de l’espace.

Le problème de l’identité est d’ores et déjà entamé. Après s’être craché sur terre, le personnage débarque dans une société numériquement très développée et il se fait progressivement embrigadé par ce mode de vie, essayant à tout prix de créer un buzz afin d’être célèbre. Le thème de l’album émerge alors, celui de l’ego à travers une société du tout numérique et dans laquelle chaque écran est un prétexte pour cultiver son propre ego.

S’entourant d’écrans et s’isolant, le personnage sombre et voit son ego prendre le dessus sur sa personnalité. Il crée l’empire de sa propre image. Au sein de cette société, autrui représente une menace à la domination de soi même sur les autres et à l’exaltation de son ego. « Facebook nous a beaucoup inspiré cette situation, on trouve vraiment quelque chose de très autoritaire sur ce réseau social » déclarent les membres.

Mais brusquement, le personnage rencontre un autre personnage (dont le sexe et les orientations ne sont toujours pas précisés) qui va l’aider à s’extraire de cette sorte de chaos et lui permettre un retour vers le contact humain et la collectivité. Pour le personnage, il s’agit d’une sorte de libération que les musiciens ont volontairement figuré par une musique très planante, cherchant à inspirer l’espoir et qui clôt le premier chapitre du concept album.

Une interlude qui vire de la berceuse à la musique dissonante, glauque et inquiétante sert de pont au second chapitre qui est plus sombre et plus violent. Il s’ouvre sur une sorte d’état des lieux de cette société à la dérive, décrite à l’échelle mondiale. La musique monte en pression et tend à figurer la violence et la guerre qui se dessinent et semble être l’unique aboutissement de cette société égocentrique.

Les derniers morceaux nous présentent alors une grande guerre mondiale dans laquelle il n’y a pas de camp. C’est le chacun pour soi qui règne au sein de ce conflit et chaque être humain, depuis leur maison et leur connexion, maîtrise des machines à tuer chargées d’éliminer tous concurrent à leur image, à savoir les autres.

On fait face à une grande apocalypse, une grande guerre numérique. Progressivement, l’attention est recentrée sur les deux personnages qui essayent de survivre et de protéger ce à quoi ils tiennent au sein de ce monde délirant. « On n’a vraiment pas eu envie de les présenter comme des héros. En fait, on ne croit pas du tout aux héros, ils nous gonflent. Nos personnages n’essayent pas de sauver le monde, personne ne le peut, ils essayent juste d’agir à leur échelle et ne cherchent pas à représenter un idéal, un modèle à suivre » expliquent François, Claude, Pierre et Eddie.

Désormais, leur fuite devient extraordinaire car ils font cet effort d’extraction et d’ouverture qui leur permet de percevoir la vérité des choses et de se détacher de ce qu’ils considéraient comme des vérités toutes faites. Ils sont en dehors du conflit qui ne les touche même plus, ils sont devenus hermétiques à ce monde et ce monde lui-même, ne voyant en eux aucun allié, ne les calcule même plus.

Le dernier morceau ne propose aucune réponse, seulement une musique inspirée de la trip hop et un schéma musical qui évolue autour d’un thème de piano. Une rumeur se fait entendre, des dizaines de voix qui se fondent en une seule et même masse. Le morceau est à la fois apaisant et inquiétant, et encore une fois laisse libre l’interprétation des auditeurs.

« On n’a pas voulu donner une vérité toute faite, nous même ne savons pas comment cela finit. On ne peut pas savoir comment finissent ce genre d’histoires. On voudrait simplement montrer, avec notre album, à quel point il faut faire gaffe et à quel point ce qui s’esquisse dans notre société pourrait être les prémices d’une potentielle catastrophe si on ne fait pas attention. Malgré tout, on souhaite avoir la vision la plus pragmatique possible et expliquer notre façon de voir les choses de manière un peu romancée. Tout le monde aime les histoires.C’est même comme ça qu’on conçoit l’art de manière générale, pour nous c’est en s’adressant au plus grand nombre et en nous adaptant à ce que les autres aiment qu’on peut les toucher. » Le groupe conclut alors sur un bel aphorisme : « Pour nous, l’intelligence réside dans le fait de savoir parler simplement de choses compliquées».

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(c)(r) Mouais

Un projet long, coûteux et professionnel

Ce projet ambitieux et complet se veut non seulement être une évolution musicale du groupe et une véritable épopée fantastique, mais aussi un grand pas vers la professionnalisation. Pendant la mise en place et la création de cet album, deux graphistes, Lisa et Carine, se sont joints au projet pour réaliser tout l’univers graphique.

« Elles ont effectué un travail absolument incroyable en adéquation avec l’univers du projet » nous confie le groupe. Un véritable manager est aussi venu s’ajouter à cette aventure, afin de gérer tout l’aspect financier du groupe. Car oui, tout cela coûte des sous!

Pour réaliser cet album, le groupe a lancé une campagne de Financement participatif sur le site « Ulule », car la totalité du projet a coûté près de 6000€. « Cette somme importante s’explique avec la réelle ambition professionnelle du groupe, car un tel projet coûte des sous, surtout en suivant l’optique de faire ça dans les règles. » nous explique Léo Malet, manager du groupe. « Pour prétendre être professionnel il faut pouvoir agir comme tel.».

Les quatre musiciens ainsi que leur manager ont donc fixé cette somme afin de payer les acteurs de ce projet (Ingénieur du son, graphistes, impression des CD…) et grâce aux internautes et aux fans, le groupe a atteint son objectif de 3000€ en un mois et demi !

Nous ne saurions que conseiller l’écoute de cet album intelligent et musicalement riche, et si vous souhaitez voir Graceful en chair et en os, un concert aura lieu à la sortie de l’album courant septembre 2017. En attendant, on clique sur la vidéo juste en dessous, et on savoure !

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Juliette CHALMÉ et Lucas FLEURANCE | Le Comète

QUELLE RENCONTRE, CES JOYEUX URBAINS!

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LES JOYEUX URBAINS ; ADL Production

Interview de Emmanuel Urbanet et David Roquier

Rencontre entre eux 

Emmanuel Urbanet, chanteur, musicien, auteur et compositeur, a rencontré David Roquier, percussionniste, et Mathieu Rieusset, guitariste à la fin des années 80 et ils ont à cette époque formé un groupe de “pop rock un peu grunge en anglais” selon Emmanuel Urbanet.

Plus tard, Emmanuel Urbanet rencontre Arnaud Joyet, chanteur, compositeur et auteur. David Roquier et Mathieu Rieusset sont alors rappelés pour compléter cette fois-ci un groupe de chanson française dans un registre davantage humoristique. Les deux chanteurs mixent leurs noms et créent ainsi Les Joyeux Urbains.

Suite au départ de David Roquier en 2008, avide de curiosité et en quête de nouveaux projets, Manu Riquier le remplacera grâce à l’ingénieur du son qui aura joué les intermédiaires. Il est fou d’imaginer que les 20 ans de carrière que ce groupe de musique fête cette année dans leur tournée best of a commencé au lycée.

Rencontre avec l’inspiration

Il n’y a pas de source d’inspiration à proprement parler. Emmanuel Urbanet dit même que c’est très difficile de répondre à cette question: “Ce serait comme demander au ciel pourquoi il y a une éclaircie à ce moment-là.”

La plus belle rencontre musicale

Silence.

La meilleure rencontre cinématographique

Georges Lautner a vu leur spectacle et l’a jugé génial. Devant Les Joyeux Urbains, il leur a témoigné un grand enthousiasme et une forte envie d’en parler autour de lui, “dans mon milieu” pour être exact. Phrase à laquelle Les Joyeux Urbains lui ont répondu “Parlez-en aussi sur les côtés”.

La meilleure rencontre humoristique

Sans hésitation, Emmanuel Urbanet annonce Arnaud Joyet; “Il me fait tellement rire”. “Cela peut-être les Wriggles” répond David Roquier.

Le choix des collaborations

Ils ne choisissent pas, cela se joue surtout à l’amitié. Certaines sont plus longues que d’autres, il est parfois même difficile de se souvenir de leur début. Mais toujours est-il que parmi elles, il est possible de compter Les Wriggles, et Oldelaf.

“Rencontre” interne:

Le projet à court terme du groupe est de finir la tournée. Elle va encore durer un an, un an et demi.

“Rencontre” externe

Emmanuel Urbanet poursuit sa carrière en tant que Grand Rouquin Blanc. Arnaud Joyet joue dans la série Héro Corp de Simon Astier. David Roquier fait la régie de la tournée des matchs d’improvisation.

Charlie ROUSSIE | Le Comète

Quand Achille chante Patrocle

Un coup de Rimbaud
Achille + Patrocle = ?

The Song of Achilles, ou Le Chant d’Achille en français, est le premier roman de Madeline Miller, auteure américaine dont la profession est d’enseigner le latin. Fascinée par le élèbre épisode du Chagrin d’Achille dans l’Iliade d’Homère, il n’est pas étonnant qu’elle ait choisi de s’intéresser à la relation étroite qui unit Achille et Patrocle, puisque ce dernier est en grande partie responsable de la réaction légendaire d’Achille, et donc de la victoire des Grecs sur les Troyens.

Mais restituons d’abord les choses dans leur contexte : L’Iliade se focalise sur les événements de la Guerre de Troie. Deux héros sont mis à l’honneur dans cette histoire, parmi les indénombrables personnages : Achille, fils de la déesse Thétis, et par conséquent demi-dieu du côté des Grecs, et Hector, fils du Roi Priam, général en chef des Troyens. L’issue de cette guerre repose sur leur affrontement. Mais Le Chant d’Achille, lui, s’il reprend effectivement les événements de cette guerre, n’est pas une réécriture classique de ce célèbre épisode de la Mythologie Grecque. Madeline Miller souhaite se concentrer non sur le contexte en lui-même de la guerre, mais sur la relation entre Achille et Patrocle. Ainsi, l’amitié fusionnelle qui était décrite dans l’Iliade devient sous sa plume une histoire d’amour.

Le héros, souvent dépeint comme épique chez Homère, devient ici plus humain, plus tendre. L’Iliade est ainsi retranscrit à la mode contemporaine : les héros d’aujourd’hui sont souvent caractérisés par leurs sentiments, en plus de leurs extraordinaires capacités, rendant possible une certaine identification, un certain attachement du lecteur ou spectateur pour ce personnage, contrairement à l’époque d’Homère, où il s’agissait surtout de décrire un héros guerrier, presque invincible, qui accomplissait des exploits seul. Mais il n’y a pas seulement le personnage d’Achille qui est développé : Patrocle ici aussi a le droit à quelques nuances dans sa personnalité, il n’est plus juste connu pour avoir été le déclencheur de la fameuse grande « Colère d’Achille », mais devient véritablement une personne à part entière, avec un caractère que l’on cerne au fur et à mesure de notre lecture. Il est ici mis à l’honneur pour le lecteur, on le connaît bien plus que dans l’Iliade : l’histoire est d’ailleurs entièrement de son point de vue. Nous ne faisons donc pas que l’apercevoir, nous sommes tout du long à ses côtés, partageant ses souffrances, ses inquiétudes, et son amour pour Achille.

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Achilles and Patroclus. 1 Cornwall LGBT History Project 2016. Sculpted by Malcolm Lidbury

Une certaine empathie s’installe donc, ce qui peut rendre le roman de Madeline Miller plus attrayant, plus accessible que l’œuvre originale pour certains, et qui peut donc les aider à découvrir tout ce pan de la mythologie grecque, car l’auteure reste extrêmement dèle à Homère, et passe en revue tous les événements marquants s’étant produits dans l’Iliade, avec certaines scènes intimes rajoutées, comme des scènes « coupées »

La relation entre Achille et Patrocle se construit très simplement,comme une évidence. En effet, Patrocle, à la suite d’une action commise, se retrouve déchu de son statut de prince, et est envoyé chez Pelée, le père d’Achille. Il y fait la connaissance du demi-dieu, et grandit avec lui. La connexion entre eux est telle qu’il devient rare de les voir l’un sans l’autre. Leurs moments ensemble sont décrits avec une certaine pudeur, mais restent toutefois d’une grande puissance émotionnelle. Les deux personnages, quand ils sont tous les deux, semblent être dans une sorte de bulle, si bien que le lecteur se sent presque intrus à l’intimité des moments entre eux deux.

La plume de Miller est très fine, très légère, avec des passages poétiques, beaux. Elle est d’ailleurs suffisamment simple pour pouvoir lire le roman en VO, bien qu’il soit également disponible en français. L’histoire comporte plusieurs lieux, plusieurs épisodes, mais pourtant avance lentement, comme pour retarder la fin inévitable. Il s’agit ici d’une histoire d’amour qui pourrait faire de la concurrence à celle de Roméo et Juliette, à de nombreux égards.

Pourtant, si la relation entre Achille et Patrocle est le thème du livre, nous redécouvrons d’autres personnages : Thétis, la mère d’Achille, est ainsi très présente, et bénéficie d’une certaine ambivalence, et d’une grande complexité. Briséis figure également parmi les personnages secondaires essentiels au roman, et nous faisons connaissance avec le célèbre Chiron, qui s’occupe d’entraîner Achille au début du roman. Le contexte grec est ainsi l’un des avantages de cette histoire : pouvoir reconnaître certaines figures de la mythologie grecque, certains épisodes, ou au contraire même en découvrir, fait définitivement parti des points forts de l’œuvre de Miller.

De la romance dans un contexte antique, pendant la Guerre de Troie, que demander de plus? La mythologie grecque assure de l’action, et la perspective d’être transporté dans ce milieu antique est séduisante : nous ne nous trouvons plus ici, au XXIème siècle à devoir gérer nos petites vies, nos dissertations à rendre, nos oraux à préparer, et nos réveils à 7h à affronter, mais en Grèce, là où les combats à l’épée ne sont pas si rares que ça, là où les Dieux sèment la zizanie, là où les prophéties sont choses courantes…. et nous retrouvons donc témoins, au même titre que Patrocle de tous ces événements palpitants. L’histoire nous transporte donc en plus de nous toucher, et a donc tout pour plaire….

Léa MANCHEC | Le Comète

Werber et les Chats

WERBER ET LES CHATS

“ Tu auras potentiellement une grosse prise de conscience si tu t’attaques à Demain les chats.

Demain, les chats nous explique Pythagore. Mais demain c’est aujourd’hui avec le nouveau Bernard Werber, sorti début octobre. Aussitôt publié, aussitôt lu. C’était mon premier roman de l’auteur et je dois dire que je ne suis pas restée indifférente à son histoire.

Des chats, …

Ce qui m’a motivée à lire Demain les chats, ce sont eux justement, les chats. En en ayant moi-même deux à la maison depuis plus de 6 ans, je commence à bien les connaître. J’étais très curieuse de voir ce que Bernard Werber allait bien pouvoir en faire. Je n’ai pas voulu lire la quatrième de couverture. C’est en aveugle que je me suis lancée dans l’aventure.

On sent tout de suite que l’auteur sait de quoi il parle. Si toi aussi tu as un chat, tu reconnaîtras facilement en Bastet le comportement typiquement félin de l’animal hautain et autocentré. Ça m’a beaucoup amusé de voir si bien retranscrit ce que je vis tous les jours dans mon petit appartement. Bastet aurait pu s’appeler Sanka, comme mon chat.

Heureusement le récit ne se résume pas à une simple liste de situations burlesques. Bastet a une destinée hors norme. Elle est le point de départ de la ré exion qui anime l’intrigue et son évolution sera également celle du lecteur. Oui, parce qu’à travers cette minette à pelage soyeux, Bernard Werber parle à nos esprits. Le chat est émetteur-récepteur.

… de la philo …

Dans cet ouvrage, c’est la pensée pythagoricienne qui nous est présentée. Rassure-toi, il n’est nullement question de mathématiques (les phobiques du triangle- rectangle ne tomberont pas en syncope à la lecture de ce roman), mais bien de philosophie. Pythagore a eu une vie en dehors de la trigonométrie, et pas n’importe laquelle en plus.

Je dois avouer que je ne connaissais pas l’histoire de ce monsieur, qui a malheureusement été passée sous silence l’année de ma Terminale. J’ai beaucoup aimé la voir abordée à travers le chat. Il faut dire que l’animal se prête très volontiers à la métaphore. Il se pourrait même que Pythagore ait été un félin dans une autre vie.

Je ne vais pas t’expliquer en quoi consiste cette pensée philosophique (comme ça on ne pourra pas m’accuser d’avoir spoilé l’histoire), mais je peux te dire que tu auras potentiellement une grosse prise de conscience si tu t’attaques à Demain les chats. Ça parle notamment du rapport aux autres et de la gestion des émotions. Tout le monde peut s’y retrouver et se rendre compte des mécanismes per des et insidieux dont son cerveau est capable pour le plonger dans l’abime. Cette lecture ne peut t’être que bénéfique.

… et de l’anticipation !

Évidemment, tout ceci n’est pas présenté de manière brutale (ne t’imagine pas un chat en train de faire une conférence. Quoique …), mais de manière subtile et imagée. C’est là que Bernard Werber a été intelligent, en se rendant abordable à tous les humains. Il met en scène ce chat, Bastet, dans la réalité qui est la nôtre, mais avance dans le temps à vitesse grand V en imaginant le devenir de la France dans le (très instable) climat géopolitique actuel.

“La vision du futur que l’auteur nous offre en est presque dérangeante tellement son horreur et son extrémisme sont réalistes”

Le terrorisme met le feu aux poudres et la situation s’envenime jusqu’au point de non-retour. Ce scénario catastrophe sert ef cacement le propos et le rend d’autant plus percutant. Je dirai même que la vision du futur que l’auteur nous offre en est presque dérangeante tellement son horreur et son extrémisme sont réalistes (je suis sûre que tu vas frissonner à certains passages). Il n’y a plus qu’à espérer qu’on n’en arrive pas là …

Je ne suis absolument pas déçue de mettre laissée tenter par Demain les chats. J’y ai vu une fable riche en enseignements, que ce soit du côté de Pythagore ou de celui du destin de l’humanité. Le chat est vraiment le support idéal pour aborder ces thématiques. Bernard Werber m’a donné envie de lire d’autres de ses ouvrages. J’ai encore du pain sur la planche pour rattraper mon retard !

Lucie TOBIN

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